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Initiative alimentation

31 août
32 min de lecture

Introduction et méthodologie


Ce briefing de votation est un prototype réalisé dans le but de tester et d'améliorer le format du briefing de votation. Il ne fait en aucun cas foi et il va sans dire qu'il ne prétend pas à l'exhaustivité ni à l'exactitude la plus parfaite, la science étant constituée d'une multitude de disciplines en mouvement et en constante évolution. Nous vous encourageons à consulter notre section "à propos des briefings de votation de l'Eiger Institute" pour en appendre plus sur notre méthodologie de travail.


Vous souhaitez nous adresser des remarques pour améliorer le format ou ce briefing en particulier ? N'hésitez pas à nous écrire à info@eiger-institute.ch.



Ceci est un extrait de notre briefing de votation. Vous souhaitez consulter la version complète ? Vous pouvez la télécharger ici.



Vous êtes journaliste ? Nous produisons une version élargie de nos briefings de votation spécialement pour vous, en mettant régulièrement à jour le fact-checking des argumentaires et en listant les experts et chercheurs suisses pertinents pour mieux comprendre le sujet soumis au vote. Ecrivez-nous à info@eiger-institute.ch pour recevoir la version élargie.



Table des matières



Les briefings de votation de l’Institut Eiger

Les briefings de votation de l’Institut Eiger mettent à disposition des journalistes, des décideurs et du grand public une analyse approfondie des objets soumis au vote. Cette analyse est basée sur les résultats récents de la recherche scientifique et a pour but d’expliquer les enjeux du texte, les changements juridiques et pratiques attendus, les principales questions ouvertes et l’état des connaissances disponibles. Ils ne donnent aucune consigne de vote et n’ont pas vocation à juger du bien-fondé du texte soumis au vote. Les briefings sont réalisés par l’équipe de l’Institut Eiger, qui peut avoir recours à des experts externes pour étoffer le contenu des analyses.


Méthodologie

Pour établir un briefing de votation, les analystes de l’Institut Eiger dégagent le sujet, la génèse et les enjeux de l’objet soumis au vote. Ils cartographient ensuite les domaines concernés, analysent les effets souhaités et les effets potentiels du texte (lorsque ceux-ci pourraient diverger) et établissent une liste des faits scientifiques pertinents pour comprendre le texte sous la forme de « questions posées à la sience ». Le travail repose sur une analyse approfondie des textes officiels et actes juridiques, de la littérature scientifique, de données publiques et de comparaisons internationales pertinentes que le lecteur peut retrouver dans la section « références » en fin de publication. Certains outils spécialisés d’intelligence artificielle peuvent être utilisés pour l’élaboration de ce briefing ; cet usage est strictement encadré et limité à l’utilisation de moteurs de recherche de littérature académique ou de retrieval agumented tools pour localiser plus rapidement la recherche pertinente et certaines informations clés dans un corpus établi par les analystes. Cette utilisation se fait dans le cadre des normes établies par la Commission Européenne ainsi que par l’ETHZ. Dans ce cadre, l’analyse des enjeux, la sélection des informations et du corpus pertinent, la structuration intellectuelle et formelle de la publication et des interrogations pertinentes à appliquer au corpus, le référencement des travaux scientifiques, la rédaction du texte ainsi que la vérification et la relecture critique de la publication demeurent des tâches strictement humaines. Cette méthode de travail garantit la la traçabilité des informations ainsi que la protection des données et droits d’auteur des chercheurs, la neutralité et la qualité de la recherche, ainsi que l’agentivité intellectuelle humaine.


Lorsque cela est possible au moment de la publication du briefing, une échelle d’évaluation des arguments des campagnes oui/non au regard des connaissances scientifiques existantes est établie. Cette échelle a pour but d’évaluer la force ou la faiblesse des arguments en fonction de ce que la recherche a établi ou non (la science confirme-t-elle telle ou telle déclaration ?). Elle n’a pas pour vocation à juger du bien-fondé des arguments. L’échelle est établie sur deux niveaux :


(1) richesse de la recherche en la matière, qui indique si la recherche scientifique s’est penchée sur le sujet de manière plus ou moins approfondie, et s’il est donc possible de dégager ou non un consensus contribuant à approcher le savoir d’une forme d’objectivité reconnue par la communauté scientifique comme factuelle, et

(2) correspondance de l’argument avec la science, qui indique si, lorsque le sujet fait l’objet de suffisamment de recherche scientifique, le consensus scientifique tend ou non à confirmer l’argument étudié.

 


Contact

Des questions au sujet de cette publication, de la série ou de l’Instiut Eiger en général ? Nous y répondons très volontiers ! Merci de vous adresser à info@eiger-institute.ch.


Autrice principale de ce briefing : Mathilde Despont.



L'essentiel

L’initiative vise à porter l’auto-approvisionnement net à au moins 70 % en dix ans tout en transformant la production, la consommation et les objectifs environnementaux de la politique alimentaire suisse.

Ceci a pour but d’améliorer la sécurité alimentaire de la Suisse ainsi que la durabilité de l’alimentation produite et consommée en Suisse.


À propos du texte


L’Initiative pour une alimentation sûre vise à renforcer l’autonomie alimentaire de la Suisse en portant l’auto-approvisionnement à 70 % minimum dans un délai de dix ans, tout en rendant l’agriculture plus durable. Elle propose notamment de privilégier la production végétale destinée à l’alimentation humaine, de protéger les sols, l’eau et la biodiversité, et de réduire la dépendance aux pesticides et aux importations. Pour y parvenir, elle mobilise plusieurs leviers de politique publique : des mesures destinées à promouvoir les denrées alimentaires végétales, le respect, dans le même délai de dix ans, de valeurs maximales inscrites dans la Constitution pour les pertes d’azote et de phosphore, ainsi que des mécanismes de protection de la biodiversité, de la fertilité du sol et des ressources d’eau souterraine. [i]


Concepts clés


Auto-approvisionnement net

Part de la consommation alimentaire suisse couverte par la production indigène, calculée en tenant compte des importations nécessaires à la production elle-même (semences, aliments pour animaux, engrais). C’est un indicateur plus strict que le taux d’auto-approvisionnement brut — actuellement à 46 %, l’initiative vise à le porter à 70 % net.


Politique agricole 2030+ (PA30+)

Projet de loi que le Conseil fédéral prévoit de mettre en consultation pour faire évoluer la politique agricole, sans passer par une révision constitutionnelle. C’est l’alternative que le gouvernement oppose à l’initiative.


Paiements directs

Subventions versées aux agriculteurs, conditionnées à certaines pratiques. Central dans le débat car 75 % des subventions actuelles soutiennent, selon le comité d’initiative, la production animale, un point de friction similaire à l’initiative « eau potable » de 2021.

 

Sécurité alimentaire vs souveraineté alimentaire

La sécurité alimentaire désigne l’accès garanti à une alimentation suffisante, y compris via les importations. La souveraineté (ou autonomie) alimentaire, que vise plutôt l’initiative, met l’accent sur la capacité du pays à se nourrir par sa propre production, indépendamment des marchés extérieurs.


Objectifs environnementaux pour l’agriculture (OEA)

Valeurs-cibles fixées par la Confédération pour limiter les pertes d’azote et de phosphore dans l’environnement, l’initiative veut les rendre contraignantes dans un délai de dix ans.


Tourisme d’achat

Pratique consistant à aller acheter des denrées alimentaires à l’étranger (souvent moins chères), un effet secondaire redouté par le camp du non si les prix indigènes augmentent.



À l’origine du projet

L’initiative pour une alimentation sûre a été lancée le 16 août 2024. La votation populaire aura lieu le 27 septembre 2026. L’initiative est issue du mouvement « De l’eau propre pour tous », autour de Franziska Herren, et est principalement soutenue par des acteurs de l’agriculture durable, de la protection de l’environnement et des ressources en eau, plutôt que par les grands partis politiques.

En effet, aucun parti ne d’ailleurs soutient officiellement l’initiative. Le PS la juge irréaliste et recommande le NON. Les VERT-E-S, qui la considèrent également irréaliste, adoptent une position nuancée : « nous partageons l’objectif de l’initiative, mais pas forcément le moyen proposé », d’où leur mot d’ordre de liberté de vote. Le PVL s’y oppose, tout comme la droite, qui juge les objectifs irréalistes, tandis que l’UDC dénonce un « diktat vegan ». L’initiative ne trouve pas davantage de soutien auprès des associations économiques et des faîtières.[ii],[iii],[iv],[v]

Dans son message, le Conseil fédéral recommande le rejet de l’initiative, jugeant ses objectifs trop ambitieux pour le délai de dix ans imparti : faire passer le taux d’auto-approvisionnement de 46 % à 70 % exigerait une réduction drastique de la production et de la consommation de viande, des mesures étatiques lourdes et de nouveaux investissements inamortissables dans ce délai, avec un risque de transférer l’impact environnemental à l’étranger via une hausse des importations ; il juge en outre l’inscription d’objectifs aussi détaillés dans la Constitution juridiquement inadaptée et superflue, et propose plutôt de traiter les préoccupations de sécurité alimentaire et de réduction de l’empreinte écologique dans le cadre du développement de la politique agricole dès 2030. [vi] Le Parlement a suivi cette ligne sans remettre en cause les objectifs environnementaux de l’initiative[vii], mais en contestant le moyen choisi pour les atteindre : au Conseil national, la gauche et le PVL ont tenté de faire émerger un contre-projet direct centré sur la protection des écosystèmes, de la biodiversité, de l’eau et de la fertilité des sols, sans obtenir de majorité, avant que tous les groupes ne s’opposent à l’initiative elle-même et que celle-ci ne soit rejetée tacitement le 17 décembre 2025 ; le Conseil des États a suivi le même chemin en mars 2026, sa commission recommandant le rejet avant un rejet tacite en plénum le 17 mars, le conseiller fédéral Guy Parmelin défendant devant les chambres la liberté des consommateurs de choisir eux-mêmes d’augmenter leur part de produits végétaux plutôt que de l’imposer par la Constitution. [viii],[ix],[x]

La précédente initiative « Pour une eau potable propre », lancée par Herren en 2017, avait été rejetée en votation populaire le 13 juin 2021 par 60,7 % des votants, mais avait bénéficié du soutien de plusieurs partis[xi], c’est-à-dire, les Vert-e-s, le PS, les Vert’libéraux et le PEV, aux côtés du comité d’initiative et d’organisations environnementales face à l’opposition du Conseil fédéral, du Parlement, de l’Union suisse des paysans, de Bio Suisse, d’economiesuisse, de l’UDC, du PLR et du Centre, ces derniers craignant une baisse de la production suisse, une hausse des importations et un déplacement de la pollution à l’étranger. Bien que poursuivant la même ambition que l’initiative de 2026 (une agriculture plus durable, mieux protectrice de l’eau, de la biodiversité et de l’alimentation), l’initiative de 2021 était pourtant plus radicale dans ses contraintes directes, conditionnant les paiements directs à l’abandon pur et simple des pesticides et de certains usages d’antibiotiques, là où celle de 2026 adopte une approche plus large et systémique (subventions, production, consommation, ressources, objectif chiffré de 70 % d’auto-approvisionnement net en dix ans) sans imposer une telle rupture directe aux pratiques agricoles. Il est donc notable que l’initiative de 2021, pourtant plus radicale dans ses instruments, ait réuni le soutien de quatre partis, alors qu’aucun parti ne soutient l’initiative de 2026.[xii] [xiii]

L’expérience a donc probablement positionnés les partis en faveur des questions environnementales comme plus prudents.[xiv], [xv] Car, de manière générale, il existe donc un paradoxe intéressant : les questions climatiques et environnementales sont régulièrement portées jusqu’au vote populaire, mais les initiatives constitutionnelles jugées ambitieuses ou contraignantes sont généralement rejetées. Les politiques climatiques « ambitieuses et coûteuses » sont délaissées au détriment d’une « politique de petits pas », capable de réunir une coalition plus large.[xvi] Dans cette perspective, une acceptation de l’initiative sur l’alimentation constituerait une exception particulièrement notable à ce schéma.[xvii]


Résumé des principaux enjeux de la votation


Les enjeux principaux de cette votation sont les suivants :


1. Sécurité alimentaire vs faisabilité

L’enjeu de fond — réduire la dépendance de la Suisse aux importations alimentaires — fait consensus. Le désaccord porte sur la méthode : est-il réaliste d’atteindre 70 % d’auto-approvisionnement en dix ans, ou cet objectif chiffré est-il intenable sans bouleverser production et consommation ?

2. Liberté de choix des consommateurs

Le camp du non met en avant le risque d’un changement de régime alimentaire imposé par l’État (moins de viande, plus de végétal), contre le droit des consommateurs à choisir librement ce qu’ils mangent.

3. Avenir de l’élevage et de l’agriculture suisse

Selon le Conseil fédéral, l’objectif impliquerait une réduction de près de moitié du cheptel porcin et avicole. C’est donc un enjeu direct pour les agriculteurs, entre ceux qui y voient une opportunité de production végétale valorisée et ceux qui craignent une perte de revenu et de terrain.

4. Prix et pouvoir d’achat

Le camp du non anticipe un renchérissement des denrées indigènes et une hausse du tourisme d’achat à l’étranger, du fait de la restriction de l’offre.

5. Protection de l’eau, des sols et de la biodiversité

Enjeu environnemental partagé sur le principe (pollution des eaux souterraines, fertilité des sols), mais avec un désaccord sur l’urgence et les instruments à utiliser pour y parvenir.

6. Constitution vs loi ordinaire

Enjeu institutionnel : faut-il inscrire un objectif chiffré et contraignant dans la Constitution, ou est-il préférable de laisser cette évolution se faire par la voie législative (la future Politique agricole 2030+), plus flexible mais sans garantie de résultat ?

7. Commerce extérieur

Risques évoqués par le Conseil fédéral sur les accords internationaux (OMC) et un possible effet pervers : une hausse des importations de viande si la production suisse diminue sans que la demande baisse au même rythme.



Changements introduits par le texte


Situation


Le taux d’auto-approvisionnement net de la Suisse est aujourd’hui de 46 %. Environ 60 à 70 % de la surface agricole utile suisse ne se prête qu’à la culture d’herbages (exploitable via l’élevage). 75 % des subventions agricoles (3,6 milliards de francs) soutiennent la production animale. Les eaux souterraines sont par ailleurs affectées par les pesticides et les nitrates, avec des captages d’eau potable qui doivent parfois être fermés.


Changements souhaités par le texte


·       Porter le taux d’auto-approvisionnement net à au moins 70 % en dix ans

·       Réorienter agriculture et industrie alimentaire vers la production et la consommation d’aliments végétaux

·       Réduire le gaspillage alimentaire

·       Garantir l’accès à une eau potable propre via une planification nationale de l’eau

·       Respecter, dans les dix ans, les valeurs maximales fixées pour les pertes d’azote et de phosphore

·       Préserver la biodiversité et la fertilité des sols comme bases de la production agricole


Changements qui prendraient effet dans la pratique


Selon le Conseil fédéral, l’objectif chiffré ne serait atteignable qu’au prix d’interventions étatiques majeures : réduction de près de moitié du cheptel porcin et avicole, baisse de la production de céréales panifiables, et changement des habitudes de consommation imposé plutôt que choisi. Le camp du non anticipe en parallèle un renchérissement des denrées indigènes et un report des achats vers l’étranger. À l’inverse, si la consommation ne suit pas la baisse de production animale suisse, un effet pervers est possible : une hausse des importations de viande, déplaçant la pollution liée à l’élevage hors de Suisse plutôt que de la réduire.


Les domaines sur lesquels le vote aura un impact


1. Agriculture — élevage

Réduction attendue du cheptel, particulièrement porcin et avicole ; recul de l’élevage bovin/ovin/caprin dans les zones d’herbage.

2. Agriculture — production végétale

Réorientation des cultures vers l’alimentation humaine directe (moins de fourrage) ; mais selon le camp du non, baisse des rendements végétaux malgré cette réorientation, faute d’engrais et d’animaux pour la fertilisation naturelle des sols.

3. Agriculture de montagne et d’alpage

Risque de disparition de l’élevage dans les zones où seul le pâturage est possible, avec embroussaillement des terres et recul de l’exploitation agricole dans ces régions.

4. Paysage et biodiversité

Perte de paysages culturaux entretenus par l’élevage extensif ; effet ambigu sur la biodiversité (positif si moins de pesticides/engrais ; négatif si les alpages se referment).

5. Protection de l’eau

Réduction des pertes d’azote et de phosphore, protection des eaux souterraines contre pesticides et nitrates, planification nationale de l’eau.

6. Sols

Préservation de la fertilité des sols, mise en avant de pratiques comme les cultures mixtes, l’agroforesterie et l’agriculture régénérative.

7. Subventions et politique agricole

Réorientation des paiements directs (75 % actuellement destinés à la production animale) vers le végétal.

8. Industrie agroalimentaire / transformation

Nouvelles capacités de transformation à créer pour le végétal (selon les partisans) ; hausse des coûts et perte de compétitivité (selon les opposants).

9. Consommateurs — prix

Renchérissement anticipé des denrées alimentaires indigènes, animales comme végétales.

10. Consommateurs — liberté de choix

Réduction de la liberté de choisir son alimentation, du fait de l’offre restreinte en produits animaux.

11. Emploi

Accélération des changements structurels dans l’agriculture et l’industrie alimentaire, avec des pertes d’emplois anticipées par le camp du non.

12. Commerce extérieur / importations

Réduction visée des importations alimentaires (~20 % selon Guy Parmelin), jugée très difficile à atteindre ; risque d’un transfert de la production vers l’étranger (importations de viande) si la consommation ne baisse pas au même rythme.

13. Tourisme d’achat transfrontalier

Risque de report des achats de denrées alimentaires vers les pays voisins si les prix suisses augmentent.

14. Relations commerciales internationales (OMC)

Risques évoqués sur les accords commerciaux internationaux si la Suisse restreint ses importations.

15. Droit constitutionnel

Question de la pertinence d’inscrire des objectifs chiffrés et détaillés dans la Constitution plutôt que dans une loi.

16. Finances publiques

Coûts potentiellement élevés pour le budget de la Confédération, notamment via des aides financières nécessaires pour accompagner une transition jugée socialement difficile à absorber dans le délai imparti.



 

Arguments des campagnes


Résumé des principaux arguments


THÈME

CAMP DU OUI

CAMP DU NON

Sécurité alimentaire

La Suisse dépend à ~50 % de l'étranger ; risque en cas de guerre ou d'événements climatiques extrêmes

Le titre de l'initiative est trompeur : elle ne garantirait pas la sécurité alimentaire mais imposerait un « diktat vegan »

Usage des terres

60 % des terres arables servent à produire du fourrage plutôt que des denrées végétales pour l'humain

70 % de la surface agricole utile ne se prête qu'aux herbages, exploitables uniquement via l'élevage ; l'initiative affaiblirait au contraire le potentiel de production végétale (légumes, fruits, céréales, colza) en imposant des conditions jugées absurdes

Élevage / cheptel

Réorienter la production vers le végétal renforcerait la sécurité alimentaire

Réduction drastique du cheptel nécessaire pour atteindre l'objectif, avec un impact direct sur les revenus agricoles

Eau potable

Ressources menacées par pesticides, nitrates, changement climatique ; l'initiative prévoit une planification nationale de l'eau

Sujet jugé déjà pris en compte par des actions en cours à tous les niveaux (politique des éléments fertilisants notamment)

Sols et biodiversité

L'usage intensif de pesticides et d'engrais détruit la fertilité des sols et la biodiversité

Pas contesté sur le principe, mais considéré comme redondant avec les réformes déjà engagées

Subventions agricoles

75 % des subventions actuelles soutiennent la production animale, au détriment du végétal

Non abordé frontalement dans l'argumentaire de campagne

Consommateurs

Favoriserait une alimentation plus saine et durable

Réduction de la liberté de choix alimentaire, imposée par l'État

Prix

Plus de production et transformation locales créeraient emplois et valeur ajoutée en Suisse

Renchérissement des denrées alimentaires indigènes, tant animales que végétales, du fait de la restriction de l'offre

Commerce

Non abordé côté initiants

Renforcement du tourisme d'achat à l'étranger

Précédent politique

Non abordé

« Coup de force » : Franziska Herren avait déjà porté une demande similaire via l'initiative sur l'eau potable en 2018, rejetée à plus de 60 % en 2021

Cadre juridique / nécessité

Un objectif contraignant inscrit dans la Constitution est nécessaire pour garantir des résultats concrets

Initiative jugée inutile : de nombreuses actions sont déjà en cours à tous les niveaux pour améliorer la durabilité de l'agriculture et de la filière alimentaire, sans besoin de révision constitutionnelle

Ton de campagne

Positionne l'initiative comme une question de sécurité et de durabilité

Recadre l'initiative comme une « initiative pour une alimentation végane », jugeant le titre officiel trompeur

Soutiens politiques

Comité d'initiative, agriculteurs bio/régénératifs, experts en eaux souterraines, médecins, associations environnementales

Conseil fédéral, PS, PVL, PLR, Centre, PEV (l'UDC penche aussi pour le non), Union suisse des paysans, secteur agroalimentaire, GastroSuisse, HotellerieSuisse, Fédération suisse du tourisme



Arguments mobilisés pour le “OUI”


La Suisse dépend à ~50 % de l’étranger ; risque en cas de guerre ou d’événements climatiques extrêmes[xviii]

 

Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai. 

La dépendance aux importations est réelle et documentée, et les risques liés aux conflits et événements climatiques extrêmes sont plausible au regard de la littérature mondiale. Cependant, le chiffre exact de ~50 % n’est pas confirmé (le SSR suggère plutôt ~31 %), et la vulnérabilité suisse est atténuée par la diversification géographique des sources d’importation.


Solidité : 3 — Un peu de recherche, quelques informations pertinentes. 

Une étude spécifique à la Suisse (Ritzel et al., 2024) fournit des données quantitatives directes, complétée par un corpus mondial sur les vulnérabilités alimentaires liées aux conflits et au climat. L’absence d’études évaluant spécifiquement le scénario « guerre ou événement climatique extrême » pour la Suisse limite la solidité de l’évaluation.


60 % des terres arables servent à produire du fourrage plutôt que des denrées végétales pour l’humain[xix]

 


Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai. 

La compétition pour les terres arables entre fourrage et cultures vivrières est confirmée par la recherche suisse, bien que le chiffre précis de 60 % surestime légèrement la part des terres arables stricto sensu (plutôt ~43 %), tout en sous-estimant potentiellement la part si l’on inclut l’ensemble du territoire agricole (~74 %).


Solidité : 5 — Affirmation largement documentée. 

Plusieurs études suisses de haute qualité (Keller et al. 2024, Ineichen et al. 2023, Jaisli et al. 2024, Frehner et al. 2019/2021) quantifient précisément l’utilisation des terres arables pour le fourrage et modélisent des scénarios de remédiation, appuyées par un corpus mondial robuste sur la compétition aliment-bétail.


Réorienter la production vers le végétal renforcerait la sécurité alimentaire [xx]

 

Échelle de confirmation : 5 — Consensus vrai. 

La littérature scientifique s’accorde massivement sur le fait que réorienter la production vers le végétal augmente la disponibilité calorique et protéique globale tout en réduisant la pression environnementale, bien que ce consensus soit principalement étayé par des modèles globaux et des études nationales (É-U, UE) plutôt que par des données suisses spécifiques.


Solidité : 5 — Affirmation largement documentée. 

De nombreuses études de haute qualité quantifient les gains d’efficacité (Shepon et al. 2018, Schiavo et al. 2023, Yang et al. 2024) et les bénéfices environnementaux (Wijerathna-Yapa et al. 2022, Kakabouki et al. 2025), tout en identifiant clairement les limites climatiques, nutritionnelles et socio-économiques nécessitant une diversification et une planification.


Ressources menacées par pesticides, nitrates, changement climatique ; l’initiative prévoit une planification nationale de l’eau [xxi]

 

Échelle de confirmation : 5 — Consensus vrai.

Le consensus scientifique est clair et massivement documenté : les ressources en eau suisses sont dégradées par les pesticides et les nitrates, le changement climatique exacerbe ces pollutions, et une planification intégrée à l’échelle nationale ou des bassins versants est nécessaire pour gérer ces menaces de manière holistique.


Solidité : 5 — Affirmation largement documentée. 

De nombreuses études de modélisation et de terrain (Covatti et al. 2025, Zarrineh et al. 2019, Dueri et Mack 2024, Fabre et al. 2023, Gerecke et al. 2002) quantifient les interactions entre climat, pratiques agricoles et qualité de l’eau en Suisse, et plaident de manière convergente pour des approches de gestion intégrée.


L’usage intensif de pesticides et d’engrais détruit la fertilité des sols et la biodiversité [xxii]

 

Échelle de confirmation : 5 — Consensus vrai. 

Le consensus scientifique, fortement appuyé par des données de monitoring suisses et des méta-analyses européennes, confirme que l’usage intensif d’engrais et de pesticides détruit la fertilité des sols et la biodiversité.


Solidité : 5 — Affirmation largement documentée. 

Les études suisses (Bucheli et al. 2023, Steiner et al. 2024, Yang et al. 2021, Jarosch et al. 2026) et les grandes synthèses européennes (Köninger et al. 2026, Beaumelle et al. 2023) quantifient précisément les mécanismes de dégradation et les impacts sur la faune du sol.


75 % des subventions actuelles soutiennent la production animale, au détriment du végétal [xxiii]

 

Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai. 

L’argument est directionnellement correct et soutenu par des données suisses spécifiques, bien que le chiffre exact de 75 % soit légèrement sous-estimé par la recherche qui situe plutôt ce biais au-dessus de 80 %.


Solidité : 5 — Affirmation largement documentée.

Plusieurs études suisses de haute qualité (Schläpfer et al. 2023/2025, Huber et al. 2023, El Benni et al. 2024) et modélisations européennes (Kortleve et al. 2024, Springmann et al. 2022) quantifient le biais structurel des subventions vers la production animale et ses impacts environnementaux.


Le texte de l’initiative favoriserait une alimentation plus saine et durable [xxiv]


Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai. 

Le consensus scientifique confirme que les politiques intégrées favorisent des régimes plus sains et durables, mais souligne que les mesures volontaires et informatives sont insuffisantes sans régulations contraignantes.


Solidité : 5 — Affirmation largement documentée. 

De nombreuses méta-analyses et revues systématiques (Burgaz et al. 2023, Herrero et al. 2020, Béné et al. 2018, Anderson et al. 2019) quantifient l’efficacité des instruments politiques et identifient les conditions de réussite.


Plus de production et transformation locales créeraient emplois et valeur ajoutée en Suisse [xxv]

 

 

Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai. 

La recherche confirme que la production et transformation locales créent des emplois et de la valeur ajoutée en Suisse, particulièrement dans les régions de montagne, mais souligne que l’ampleur de ces effets dépend fortement de la coordination des acteurs et des infrastructures disponibles.


Solidité : 4 — Affirmation modérément documentée. 

Les études de cas suisses (Valposchiavo, Valais, coopératives laitières) et les revues systématiques internationales convergent vers des effets positifs, bien que les multiplicateurs de valeur ajoutée soient moins systématiques que ceux d’emploi.


Un objectif contraignant inscrit dans la Constitution est nécessaire pour garantir des résultats concrets [xxvi]

 

Échelle de confirmation : 2 — Plutôt faux. 

Non, un objectif constitutionnel n’est pas suffisant pour garantir des résultats concrets. Pour la Suisse, la recherche suggère qu’un ancrage constitutionnel donne une base politique forte, mais ne garantit pas à lui seul des effets mesurables. Les travaux convergent davantage vers la nécessité de paquets de politiques, d’instruments cohérents et de mesures côté consommation que vers l’idée qu’un objectif contraignant, à lui seul, produirait des résultats. Non, un objectif constitutionnel n’est pas nécessaire pour obtenir des résultats concrets

La recherche distingue clairement utile et nécessaire. Un objectif constitutionnel peut renforcer la légitimité, fixer l’agenda et imposer un devoir politique d’agir, mais les études ne montrent pas qu’il soit une condition indispensable à des résultats concrets.


Solidité : 4 — Nombre intéressant de recherche et d’informations. 

La recherche soutient que l’inscription dans la Constitution peut aider à orienter l’action, mais ne soutient pas l’idée qu’elle soit nécessaire ni qu’elle garantisse à elle seule des résultats concrets. En Suisse, le consensus qui se dégage est plutôt qu’un objectif constitutionnel sans instruments cohérents, arbitrages assumés et mise en œuvre robuste reste insuffisant.



Arguments mobilisés pour le “NON”


Le titre de l’initiative est trompeur : elle ne garantirait pas la sécurité alimentaire mais imposerait un « diktat vegan » [xxvii]

 

Échelle de confirmation : 2 — Plutôt faux. 

Solidité : 5 — Affirmation largement documentée. 

La littérature soutient qu’il faudrait probablement devenir beaucoup plus plant-based en Suisse pour atteindre des objectifs de durabilité alimentaire, mais elle ne soutient pas qu’il faudrait devenir tous plus ou moins vegan.


70 % de la surface agricole utile ne se prête qu’aux herbages, exploitables uniquement via l’élevage ; l’initiative affaiblirait au contraire le potentiel de production végétale (légumes, fruits, céréales, colza) en imposant des conditions jugées absurdes [xxviii]

 

 

Échelle de confirmation : 3 — Ça dépend. 

Solidité : 4 — Nombre intéressant de recherche et d’informations. 

Le consensus soutient la prémisse “la Suisse a beaucoup de surfaces en herbe et toutes ne sont pas cultivables”. Il ne soutient pas la conclusion plus forte selon laquelle l’initiative affaiblirait forcément la production végétale; la littérature tend plutôt à dire que tout dépend de quelles contraintes sont imposées, où, et si elles déplacent l’élevage vers les terres réellement marginales tout en libérant les bonnes terres arables pour l’alimentation humaine.


L’initiative engendrerait une réduction drastique du cheptel nécessaire pour atteindre l’objectif, avec un impact direct sur les revenus agricoles [xxix]


Oui, une baisse du cheptel est probable, mais “drastique” n’est pas le consensus. La littérature fournie soutient qu’atteindre des objectifs agroenvironnementaux ambitieux passe souvent par une réduction de la production animale et parfois du troupeau, avec des effets directs sur les revenus de certaines exploitations d’élevage. En revanche, elle ne soutient pas clairement l’idée d’une réduction drastique et uniforme, et les effets économiques varient fortement selon la spécialisation, les prix et les compensations publiques


Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai 

Solidité : 4 — Nombre intéressant de recherche et d’informations 

L’argument est donc plutôt vrai dans son noyau: des objectifs de durabilité alimentaire peuvent entraîner une baisse du cheptel et toucher directement les revenus agricoles. En revanche, le qualificatif “drastique” va plus loin que ce que soutient le consensus le mieux étayé par cette littérature.


Sujet jugé déjà pris en compte par des actions en cours à tous les niveaux (politique des éléments fertilisants notamment)[xxx]

 

Non, les politiques existantes sont jugées insuffisantes pour atteindre les objectifs de durabilité alimentaire.


Échelle de confirmation : 2 — Plutôt faux 

Solidité : 5 — Affirmation / information largement documentée.


L’argument selon lequel le sujet serait déjà pris en compte de manière suffisante par les actions en cours est plutôt faux. La littérature montre que les politiques existantes, en particulier celles ciblant les éléments fertilisants, offrent une base mais sont largement inadéquates, fragmentées et incapables d’atteindre les objectifs de durabilité sans transformations structurelles majeures.


Réduction de la liberté de choix alimentaire, imposée par l’État [xxxi]


Oui, l’initiative réduirait partiellement le choix, mais pas au sens d’une alimentation imposée

Dans la littérature, les politiques alimentaires qui agissent sur l’offre, les prix, le marketing ou les environnements alimentaires réduisent certaines options disponibles, mais elles ne suppriment pas nécessairement toute autonomie individuelle. Le consensus porte davantage sur une restriction graduelle du choix selon le niveau d’intrusivité des instruments que sur une opposition simple entre liberté totale et contrainte totale.


Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai 

Solidité : 4 — Nombre intéressant de recherche et d’informations 


Si le texte de l’initiative était accepté, l’argument selon lequel il réduirait une partie de la liberté de choix alimentaire est plutôt soutenu. En revanche, la recherche ne soutient pas bien l’idée d’une alimentation entièrement imposée par l’État; elle décrit plutôt une réorganisation de l’offre et des incitations, avec une restriction partielle du choix, variable selon les instruments retenus.


Renchérissement des denrées alimentaires indigènes, tant animales que végétales, du fait de la restriction de l’offre [xxxii]



Oui, les restrictions d’offre font augmenter les prix, mais l’ampleur varie fortement selon le produit. Les restrictions de mouvement et d’offre entraînent une hausse des prix alimentaires, avec des effets plus marqués sur la viande, le poisson et les légumes qu sur les produits laitiers ou les céréales. La Suisse constitue dj une “le de prix élevés” o la protection douanière maintient les prix alimentaires 66% au-dessus de la moyenne europenne. Les politiques de souveraineté alimentaire suisses impliquent structurellement des prix domestiques plus élevés.


Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai 

Solidité : 4 — Nombre intéressant de recherche et d’informations

 

L’argument est plutôt vrai : la littérature confirme que les restrictions d’offre et les exigences de durabilité font augmenter les prix des denrées indigènes, mais avec d’importantes nuances. Les effets sont asymétriques (forte hausse pour la viande, faible pour les produits laitiers), et plusieurs mécanismes d’atténuation existent, notamment l’alignement réglementaire, les accords commerciaux et la réduction du gaspillage.


Renforcement du tourisme d’achat à l’étranger [xxxiii]

 

Oui, la hausse des prix suisses renforcerait le tourisme d’achat, surtout pour les ménages frontaliers. La littérature confirme que les écarts de prix entre la Suisse et ses voisins constituent le moteur principal du tourisme d’achat, les denrées alimentaires étant le premier produit acheté à l’étranger. La fermeture des frontières liée au COVID-19 a fait augmenter les dépenses alimentaires domestiques de 10,4% dans les zones frontalières, prouvant l’ampleur de l’arbitrage transfrontalier en temps normal. Ce comportement est ancré dans des routines profondes et ne s’efface pas avec des chocs temporaires.


Échelle de confirmation : 4 — Plutôt vrai 

Solidité : 4 — Nombre intéressant de recherche et d’informations 


L’argument est plutôt vrai : toute hausse des prix alimentaires suisses resulting de l’initiative augmenterait mécaniquement l’incitation au tourisme d’achat, particulièrement pour les ménages frontaliers et modestes. La littérature montre que ce phénomène est élastique aux écarts de prix, mais son ampleur dépendra de la différentiation qualité des produits suisses et de la distance à la frontière.


Initiative jugée inutile : de nombreuses actions sont déjà en cours à tous les niveaux pour améliorer la durabilité de l’agriculture et de la filière alimentaire, sans besoin de révision constitutionnelle [xxxiv]


Non, l’argument “initiative inutile” est plutôt faux au vu de la recherche. Des actions existent déjà à plusieurs niveaux, y compris des standards privés, des partenariats, des guides publics et des politiques sectorielles. Mais la littérature converge surtout sur le fait que ces actions restent fragmentées, volontaires ou partielles, et qu’elles ne suffisent généralement pas à transformer le système alimentaire à l’échelle requise.


Échelle de confirmation : 2 — Plutôt faux 

Solidité : 5 — Affirmation largement documentée 


L’argument selon lequel l’initiative sur l’alimentation serait inutile parce que de nombreuses actions sont déjà en cours est plutôt contredit par le consensus de la recherche. La littérature reconnaît l’existence de nombreuses initiatives, mais elle juge plus souvent qu’elles restent trop dispersées, volontaires ou mal coordonnées pour atteindre à elles seules une transformation durable du système alimentaire, ce qui laisse une place crédible à une réforme de niveau supérieur.



Questions posées à la science


A. Faisabilité et auto-approvisionnement


Le 70 % d’auto-approvisionnement est-il réellement atteignable en Suisse ?

 

Oui, mais il exige des changements de régime alimentaire et de gestion des surfaces bien plus radicaux que ce que les réformes agricoles passées ont réussi à imposer.[xxxv] Des modélisations montrent qu’une augmentation simultanée de l’autosuffisance et une réduction des impacts environnementaux sont possibles, à condition de modifier drastiquement le régime moyen : forte hausse des produits végétaux, baisse marquée de la viande et de l’alcool, et réduction du gaspillage alimentaire. Le remplacement d’une partie des protéines animales par des protéines végétales locales, via la production de légumineuses sur les surfaces fourragères actuelles, pourrait accroître l’autosuffisance tout en préservant une partie de la production laitière. À l’international, plusieurs pays européens dépassent 100 % d’autosuffisance globale — Serbie, Bulgarie, Roumanie, Croatie — mais masquent de fortes dépendances par groupe d’aliments, notamment pour les fruits, légumes et poisson. La Slovaquie, qui s’était fixé un objectif de 80 % pour 2020, ne l’a pas atteint et est devenue déficitaire même en produits de base Les pays à faible surface agricole par habitant, mais à forte intensité de production maintiennent une autosuffisance partielle, mais restent structurellement dépendants des importations pour plusieurs groupes d’aliments. Enfin, les paiements directs actuels pour la sécurité de l’approvisionnement, qui représentent plus d’un tiers du budget agricole suisse, permettent à peine d’atteindre les objectifs opérationnels de production calorique si la politique est maintenue en l’état, ce qui suggère que le seuil de 70 % exige des transformations bien plus profondes que les réformes passées.


Comment atteindre concrètement 70 % : que faudrait-il produire et consommer différemment ?

 

En Suisse, 70 % paraît atteignable, mais surtout via un basculement vers plus de végétal, moins d’élevage monogastrique (porc, volaille, ect.) et moins de gaspillage. [xxxvi] Les travaux convergent sur trois leviers concrets: réallouer une partie des terres arables des fourrages vers des cultures directement consommées par l’humain, augmenter fortement les légumineuses à graines, et réduire la consommation comme la production de viande, surtout porcine et avicole. En Suisse, pois, soja et féverole ont un fort potentiel, et un scénario de maximisation des légumineuses sur 181 479 ha remplacerait environ 41 % des protéines animales consommées, tout en conservant une partie du lait et de la viande. Les scénarios de type « feed-no-food » gardent une place aux ruminants valorisant l’herbe, mais impliquent moins d’animaux au total et une baisse particulièrement nette des porcs et volailles. La demande doit suivre: les régimes optimisés pour la santé en Suisse augmentent les calories végétales de 55 à 78 % et réduisent les calories animales de 35 à 43 %, alors que l’alimentation suisse actuelle reste trop riche en viande rouge, produits laitiers et sucres, et trop pauvre en légumineuses, noix, céréales complètes et légumes. Cette transition améliore en général l’autosuffisance et l’empreinte climatique, surtout si elle s’accompagne d’une baisse du gaspillage alimentaire et d’une planification des cultures adaptée aux sols et au climat locaux. La principale réserve est qu’un régime plus sain n’augmente pas automatiquement l’autosuffisance si la production suisse ne s’adapte pas en parallèle, et que des arbitrages persistent sur les rendements, l’eau, les pesticides et l’usage des terres.


Peut-on produire davantage en Suisse tout en mangeant moins de viande ?


Oui, produire plus en Suisse tout en mangeant moins de viande paraît faisable si l’on remplace une partie des fourrages et des élevages porcins/avicoles par des cultures végétales pour l’alimentation humaine. Les études suisses convergent: réduire la consommation de viande, surtout issue de systèmes nourris avec des aliments en concurrence avec l’alimentation humaine, libère des terres arables, augmente la production végétale directe et tend à améliorer l’auto-approvisionnement, notamment via plus de légumineuses, moins de porcs et volailles, moins de gaspillage, et un élevage davantage centré sur les ruminants valorisant l’herbe. Cela ne se fait pas automatiquement: les travaux soulignent des arbitrages sur les rendements, certaines dépendances aux importations, le lien biologique lait-viande bovine, et la nécessité d’aligner politiques agricoles, production et demande pour que ce basculement améliore à la fois santé, environnement et sécurité alimentaire.[xxxvii]


B. Consommation et liberté de choix


Va-t-on devoir manger moins de viande, voire devenir végétarien ou vegan ?

 

Oui, moins de viande est recommandé, mais pas nécessairement de devenir végétarien ou vegan.[xxxviii]

La littérature dit surtout ceci: en Suisse, le régime le plus robuste est un régime plus végétal conforme aux recommandations nutritionnelles, avec moins de viande et plus de légumineuses, noix, fruits, légumes et céréales complètes; cela améliore santé, impacts environnementaux et souvent l’autosuffisance. Les régimes végétariens et vegans réduisent encore davantage les émissions et peuvent améliorer la santé, mais ils demandent plus d’attention aux apports en B12, iode, calcium, fer et parfois vitamine D. La voie la plus réaliste n’est donc pas une obligation de végétarisme, mais moins et mieux de viande, avec aussi moins de produits transformés, moins de gaspillage, et des changements de production en parallèle.


Pourra-t-on continuer à manger ce que l’on veut, notamment des produits qui ne peuvent pas être produits en Suisse ?

 

Oui, vous pourrez continuer à manger des produits non produits en Suisse.[xxxix]

La littérature ne décrit pas un scénario d’interdiction des aliments importés, mais un rééquilibrage entre production locale, importations et résilience: la Suisse dépend structurellement d’importations pour des produits qu’elle ne peut pas produire, comme le café et certains fruits exotiques, ses importations alimentaires proviennent largement de pays voisins et globalement peu vulnérables, sans hausse nette de vulnérabilité entre 2014 et 2019, et le débat scientifique présente l’autosuffisance comme un continuum, non comme un choix binaire entre autarcie et libre-échange total. En parallèle, plusieurs travaux montrent qu’on peut réduire une partie de la dépendance extérieure surtout en changeant le système alimentaire suisse — moins d’aliments pour bétail importés, plus de légumineuses, moins de gaspillage, et une adaptation conjointe de la production et des régimes — mais cela n’élimine ni le besoin d’importer certains produits, ni les arbitrages, car des régimes plus sains peuvent même accroître certaines dépendances aux importations.


C. Agriculteurs


L’initiative risque-t-elle de pénaliser davantage des agriculteurs déjà sous pression ?

 

Oui, sans accompagnement, elle peut aggraver la pression sur certains agriculteurs.[xl]

Le risque principal n’est pas l’objectif de durabilité en soi, mais une transition mal conçue: beaucoup d’exploitations fonctionnent déjà avec une rentabilité fragile, subissent un fort effet ciseau coûts-prix, et des changements brusques des règles peuvent affaiblir leur résilience, surtout dans les zones périphériques. Les politiques qui réduisent les intrants tendent à baisser la production et la compétitivité des agriculteurs, avec un risque de recul des revenus et de hausse des prix alimentaires. Ce risque est renforcé par des contraintes très concrètes — coûts de transition, besoin de plus de travail, accès limité au crédit, surcharge réglementaire, soutien public souvent trop général ou bureaucratique, et faible prise en compte des petits exploitants. La littérature dit aussi qu’une transition peut être plus juste si elle s’accompagne d’aides ciblées, d’accès au financement, d’assistance technique, de débouchés rémunérateurs et de politiques adaptées aux contextes locaux plutôt que de mesures uniformes.


Les éleveurs pourront-ils réellement se reconvertir, notamment dans les régions où les terres se prêtent surtout à l’élevage ?

 

La reconversion des éleveurs en Suisse est possible, mais elle restera limitée et inégale si l’initiative est acceptée. [xli] Dans les régions où les terres se prêtent surtout à l’élevage, une sortie massive de l’élevage paraît peu réaliste à court terme, car la rentabilité de certaines productions reste attractive, beaucoup d’exploitants sont verrouillés par leurs investissements passés, leurs compétences, leurs réseaux et leur identité professionnelle, et les études montrent que les transitions hors élevage existent mais restent aujourd’hui rares et surtout observées dans des niches ou chez certains élevages intensifs pouvant basculer vers le maraîchage ou d’autres activités. Pour que cela marche, il faudra des aides de transition pluriannuelles, du conseil technique crédible, un meilleur accès au crédit, des débouchés sûrs, des emplois non agricoles locaux, des coopérations et chaînes de valeur nouvelles, et surtout des solutions différenciées selon les territoires: dans les zones herbagères ou de montagne, la voie la plus réaliste est souvent l’évolution vers des systèmes d’élevage plus agroécologiques et diversifiés plutôt qu’une reconversion complète, alors que la diversification réussit mieux quand il existe capital social, infrastructures, marchés du travail et capacité des agriculteurs à se projeter dans un autre avenir.


D. Prix et effets économiques


L’initiative ferait-elle augmenter le prix de l’alimentation et, si oui, qui en supporterait le coût ?[xlii]

 

Oui, les prix alimentaires augmenteraient surtout pour les produits animaux et certains produits transformés.

L’ampleur exacte dépendrait des mesures choisies, mais la littérature montre que quand on internalise les coûts environnementaux ou qu’on renchérit la production agricole, les hausses touchent d’abord la viande et les produits laitiers, qui portent les coûts externes les plus élevés. Les aliments transformés taxés peuvent aussi augmenter nettement, avec des hausses observées autour de 4,8 % en moyenne et de 8 % ou plus pour les confiseries, biscuits et pâtisseries emballées. Les produits certifiés ou plus “durables” coûtent souvent plus cher au consommateur, et les consommateurs aisés sont plus souvent prêts à payer cette prime. Le coût serait surtout supporté par les ménages modestes, car ils consacrent une plus grande part de leur revenu à l’alimentation et absorbent plus difficilement toute hausse de prix. Les producteurs ne captent pas forcément ce surcoût, car une partie peut être absorbée ou captée par la transformation, la distribution ou d’autres intermédiaires. Si la Suisse voulait éviter un effet régressif, il faudrait compenser par des subventions ciblées ou un soutien au revenu, car les baisses de prix sur fruits et légumes augmentent bien les achats.


Risque-t-elle d’encourager le tourisme d’achat et de simplement déplacer une partie de l’impact environnemental à l’étranger ?

 

Oui, le tourisme d’achat et le déplacement des impacts à l’étranger sont des risques réels, mais pas automatiques.

Si la Suisse renchérit unilatéralement certains aliments, une partie des achats peut se reporter vers l’étranger et une partie de la production ou des impacts environnementaux peut aussi fuir via le commerce, car les politiques nationales déplacent parfois la production vers des pays moins contraints. Ce risque est crédible dans l’espace Suisse-UE, où des scénarios de transition agricole dans l’UE, au Royaume-Uni et en Suisse montrent qu’une baisse des émissions domestiques peut s’accompagner d’une [xliii]fuite carbone de 48%. Plus largement, la demande alimentaire européenne externalise déjà une grande partie de ses impacts, avec environ 50% du CO2 alimentaire et 46% de l’empreinte foncière situés hors de l’UE, et le cas britannique montre que 64% des émissions et 70% des terres mobilisées par l’alimentation peuvent se trouver à l’étranger. Cela dit, tout ne fuit pas de la même façon: une taxe danoise sur la viande n’a pas entraîné de hausse détectable des exportations de viande, ce qui suggère que le canal “on taxe ici, on vend ailleurs” n’est pas systématique. Et certaines mesures sur les chaînes d’approvisionnement peuvent limiter le déplacement, puisque des exigences zéro déforestation réduisent bien la déforestation nette malgré des fuites internes importantes, tandis que la fuite transfrontalière y reste inférieure à 3%. Enfin, des ajustements carbone aux frontières peuvent réduire une partie des émissions importées, d’environ 25% dans une simulation Royaume-Uni-UE, mais ils ne suppriment qu’une part limitée du problème à l’échelle globale.


E. Environnement

Peut-on réellement augmenter l’auto-approvisionnement tout en réduisant l’impact environnemental de l’agriculture ?

 

Oui, augmenter l’auto-approvisionnement tout en réduisant l’impact environnemental paraît possible, mais seulement avec de gros changements de production et d’alimentation.[xliv]

En Suisse, un régime conforme aux recommandations, plus végétal et avec moins de viande, permettrait d’augmenter l’auto-approvisionnement en réduisant presque de moitié l’impact environnemental, et jusqu’à 75% avec moins de gaspillage. Des scénarios européens et suédois vont dans le même sens: des systèmes plus circulaires ou agroécologiques peuvent nourrir la population tout en réduisant fortement l’usage des terres, les émissions ou les pertes d’azote, mais ils supposent aussi moins de produits animaux et une réorganisation des systèmes de culture-élevage. En revanche, chercher l’autosuffisance sans ces leviers crée souvent des arbitrages: en Chine, plus d’autosuffisance seule augmente l’usage des terres et des engrais, et dans le Bade-Wurtemberg la production maximale améliore l’autosuffisance mais ne respecte pas les objectifs environnementaux. Les résultats convergent donc vers une condition simple: l’objectif est crédible si on combine moins de produits animaux, moins de gaspillage, innovations agronomiques et meilleure circularité; il l’est beaucoup moins si on veut seulement produire plus localement.


Les différents objectifs de l’initiative – auto-approvisionnement, climat, biodiversité, protection des sols et de l’eau – sont-ils compatibles entre eux ?

 

Oui, ils sont compatibles seulement avec des compromis et des changements systémiques.[xlv]

En Suisse, on peut améliorer à la fois l’auto-approvisionnement et plusieurs indicateurs environnementaux si l’on combine des régimes plus végétaux, moins de gaspillage et des changements de production. Les scénarios qui réduisent la consommation de viande et la concurrence entre alimentation animale et humaine améliorent aussi le climat, l’azote, l’eau et la biodiversité, tout en pouvant maintenir l’offre alimentaire. En Suisse, déplacer une partie des surfaces fourragères vers les légumineuses va dans le même sens, car cela réduit la dépendance aux importations d’aliments pour animaux et la pollution azotée. En revanche, ces objectifs ne se maximisent pas tous ensemble: les sols atteignent souvent 2 à 3 fonctions élevées, mais plus rarement biodiversité, climat et cycle des nutriments simultanément. En Suisse, augmenter la production ou agir sur un seul levier tend à recréer des arbitrages, soit par plus d’impacts domestiques, soit par plus d’importations et donc d’impacts déplacés à l’étranger. Les mesures climat ou protection de l’eau peuvent aussi entrer en conflit avec les prix alimentaires, l’irrigation ou certains services écosystémiques si elles ne sont pas coordonnées. En bref, les objectifs de l’initiative sont compatibles sous conditions, mais pas par la seule extensification ou par une hausse simple de la production; les travaux suisses convergent vers une politique intégrée qui agit à la fois sur la production, les régimes alimentaires et le gaspillage.


F. Mise en œuvre


La transition est-elle réalisable dans le délai prévu par l’initiative ?

 

Oui, la transition paraît réalisable en dix ans, mais surtout comme mise en trajectoire plutôt que comme transformation pleinement achevée.[xlvi]

Dix ans suffisent pour enclencher une transformation alimentaire substantielle en Suisse si elle est découpée en étapes concrètes, suivie par des indicateurs rigoureux, portée par des paquets cohérents de mesures et soutenue par l’État à plusieurs niveaux. Mais la littérature converge aussi sur le fait qu’une transformation complète est difficile dans ce délai, car les transitions alimentaires sont complexes, politiquement conflictuelles, ralenties par les intérêts établis, l’incohérence des politiques, la fragmentation entre production et consommation en Suisse, et des obstacles très concrets de financement, d’organisation, de compétences et d’adhésion des acteurs. En pratique, le délai de dix ans est donc crédible pour obtenir des résultats visibles et irréversibles — surtout via les mesures déjà les plus acceptées en Suisse comme la recherche, l’éducation, l’information, certaines normes et la coordination participative — mais pas pour résoudre tous les arbitrages ni achever toute la refonte du système alimentaire.


G. Sécurité alimentaire et nécessité


La Suisse a-t-elle réellement un problème de sécurité d’approvisionnement qui justifie d’augmenter son autosuffisance ?

 

Oui, la vulnérabilité d’approvisionnement existe, mais augmenter l’autosuffisance n’est justifié que de façon ciblée.[xlvii]

La Suisse n’a pas un problème de sécurité alimentaire au sens d’une pénurie actuelle, car l’offre est jugée suffisante, la production couvre environ 60–70% de la consommation nette et des réserves stratégiques protègent contre des ruptures d’importation. En revanche, elle a une vulnérabilité structurelle aux chocs externes, car les interruptions de chaînes d’approvisionnement, les crises géopolitiques, le climat et les maladies augmentent les risques pour les pays à faible autosuffisance, même si la Suisse atténue cela par des importations surtout voisines et globalement peu volatiles. La littérature indique donc qu’il est rationnel de renforcer certaines capacités domestiques, surtout là où la dépendance est forte ou peu diversifiée, mais pas de viser l’autarcie, car le commerce reste un pilier de résilience et l’autosuffisance fonctionne mieux comme un continuum que comme un objectif binaire. Surtout, les travaux suisses suggèrent que le meilleur levier n’est pas davantage de protection agricole générale, souvent inefficace, mais une hausse ciblée de l’autosuffisance via moins d’importations de fourrages, plus de légumineuses, des régimes plus végétaux et moins de gaspillage, ce qui améliore à la fois résilience et durabilité.


L’initiative est-elle vraiment nécessaire : que permettrait-elle de faire que la politique agricole et environnementale actuelle ne permet pas déjà de faire ?

 

Oui, l’initiative est surtout nécessaire pour contraindre ce que le cadre actuel permet déjà sans l’imposer.

La Suisse a déjà une base juridique et des instruments étendus — exigences écologiques conditionnant les paiements directs, prescriptions contraignantes sur l’eau, les sols et l’air, paiements biodiversité et même essais de paiements fondés sur les résultats — donc l’initiative n’inventerait pas un nouvel arsenal. Son intérêt est que le système actuel n’atteint pas ses propres objectifs : seuls 7 des 30 objectifs environnementaux mesurables avaient été atteints et plusieurs travaux concluent que les cibles environnementales restent manquées malgré des réformes répétées. L’initiative servirait donc surtout à durcir la conditionnalité et à forcer plus de cohérence entre production, environnement, climat, commerce et consommation, alors que la politique suisse reste largement sectorielle, individualisée et fragmentée. Mais elle ne supprimerait pas les arbitrages: des règles plus strictes peuvent améliorer certains indicateurs et la biodiversité ordinaire, tout en réduisant la production, augmentant les importations, déplaçant des impacts à l’étranger et provoquant du retrait ou de la non-conformité chez une partie des exploitations. En bref, l’initiative n’est pas nécessaire pour autoriser l’action publique, mais pour la rendre politiquement plus difficile à contourner dans un système où les initiatives rejetées finissent souvent par arracher des compromis sans changer assez vite la trajectoire.



Références et bibliographie


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